Passionnée par la pédagogie, Cécile Régimbeau a créé voilà deux ans un jeu de cartes favorisant chez l'enfant l'apprentissage de la lecture. Puis elle a créé une société pour diffuser ce jeu. Rencontre.
Bien avant que le ministre de l'Education pré- conise le recours à la méthode syllabique pour lutter contre l'illettrisme à l'éco- le, la Millavoise Cécile Régimbeau avait mis au point un jeu de société privilégiant cette approche pour apprendre à lire aux enfants. «Les phrases rigolotes», tel est le nom de ce jeu de 240 cartes dont le concept est aujour-d'hui déposé à l'Institut national de la propriété industrielle (Inpi) et consiste, en substance, à rendre ludique, voire jubilatoire, l'apprentissage de la lecture en l'abordant dans sa dimension créa- tive, pour ne pas dire poétique. «Bien que n'étant pas une professionnelle de l'éducation, j'ai toujours été intéressée par les enfants, pour lesquels j'ai toujours eu le souci de concevoir des outils “facilitateurs”, que ce soit en français, en anglais ou en calcul, explique Mme Régimbeau. J'ai toujours été sensible aux difficultés éprouvées par les enfants dans l'apprentissage de la lecture, et particulièrement par ceux qui, pour de multiples raisons, éprouvent plus de difficultés que leurs camarades, allant même jusqu'à une situation d'échec dont les répercussions peuvent parfois être dramatiques pour leur vie future.»
Des petites-filles bilingues... Le concept des «phrases rigolotes» est né alors que cet-te militante amoureuse du langage cherchait le moyen d'apprendre à lire et à écrire le français à ses petites-filles résidant en Espagne. «Leurs séjours en France, mis bout à bout, ne représentaient guère plus d'un mois et il était bien sûr inenvisageable de transformer ces séjours chez leurs grands-parents en stages de rattrapage forcés. Il fallait donc impérativement passer par le jeu», raconte-t-elle. Le résultat constaté auprès des fillettes âgés de cinq et huit ans, bilingues mais jusque-là jamais confrontées à l'écrit de leur langue maternelle, va au-delà des espérance de Cé-cile Régimbeau : «A la fin des vacances de Noël, elles étaient capables de lire en décryptant les mots grâce à la carte “aide mémoire” que j'appelle aussi la carte des secrets pour les enfants.» Dans le jeu, les lettres de l'alphabet sont des lutins qui jouent de divers instruments de musique et forment de nouveaux sons quand ils se donnent la main. Des pictogrammes que l'on retrouve sur les cartes renvoient en permanen-ce à ce lexique des «secrets», dédramatisant dès lors la mémorisation des graphèmes et autres sons complexes.
Professionnels intéressés... Après avoir testé son jeu auprès de plusieurs professionnels de sa connaissance (orthophonistes, instituteurs...), la créatrice des «phrases rigolotes» et son mari se lancent, sur leurs conseils, dans l'édition. Pour cela, ils cons-tituent leur propre société, «Millau Sésame Edition», et font fabriquer par une entreprise du Jura 1000 exemplaires du jeu à partir de la maquette réalisée en 2004.
Commence alors pour Céci-le Régimbeau un long et laborieux travail de prospection auprès des écoles, établissements spécialisés, centres de documentation pédagogique et instituts universitaires de formation des maîtres (IUFM) aux quatre coins de France. L'accueil est mitigé : «Je me sens parfois comme une fourmis devant une meule de foin.» Un peu paradoxalement, c'est loin des frontières millavoises et aveyronnaises que «Les phra- ses rigolotes» suscitent le plus grand intérêt. «Le matériau linguistique [du jeu] permet de construire des phrases à la structure syntaxique achevée (...) et en fait un outil pour une approche de la grammaire en cycle 2 comme en cycle 3», estime Jean-Pierre Sautot, maître de conférences à l'IUFM de Lyon. «Cette méthode est utilisable à tous les niveaux de l'école élémentaire. Elle est particulièrement adaptée à un travail de soutien et de remédiation et peut être utilisée par des groupes en besoin d'autonomie», assure Christelle Clavereau, directrice d'une école à Cholet (49), dans la lettre qu'elle adresse à la conceptrice des «phrases». Forte de ces témoignages, Mme Régimbeau continue ses démarches, convaincue que ladite méthode permet à l'enfant de «tourner lui-même la poignée d'une porte qui ouvre sur les joies de la littérature et du mon-de». Et la pédagogue d'insister : «C'est faire de l'enfant un parapentiste en littérature qui, apprenant à voler, découvre le langage des éléments et la fascination devant des horizons insoupçonnés.» Capitale du vol libre, Millau devrait apprécier... |